vendredi 28 octobre 2016

Problème de hanches

J'adore marcher. Je marche partout. Je vais toujours à pied là où je peux. Marcher 20 minutes depuis la gare à ma destination me paraît tout à fait normal. La marche, c'est ma méditation à moi, même en plein centre-ville. Et j'adore marcher en montagne.

L'année passée, mon mari  a acheté une paire de pantalons de marche du style 'zip-off'. Vous savez, le genre de pantalons qui se transforme en shorts en enlevant les canons juste au-dessus du genou. Alors, j'ai pensé: "Moi aussi je veux des pantalons zip-off pour nos balades!". Ces pantalons sont super-pratiques. Le matin tôt, il peut faire frais en montagne et je trouve que c'est bon de porter des pantalons qui couvrent toute la jambe. Puis plus tard, avec l'arrivée du soleil, les shorts sont plus adaptés. 

Mon mari m'accompagne au magasin de sport. Partout on affiche 'Sale', ça veut dire que c'est les soldes. D'abord, nous allons à Athleticum. J'essaie plusieurs marques. Tous les pantalons présentent la même coupe qui ne me convient pas. Ils sont tous 'regular, slim-fit', c'est-à-dire qu'ils conviennent parfaitement aux femmes plutôt longues et minces. Moi, je suis plutôt petite et ronde. Hanches fortes, buste bien arrondi, taille fine. J'essaie donc plusieurs pantalons. Taille 40, puis 42 et 44. Rien à faire. Le 40 serre sur les hanches mais va très bien à la taille. Le 44 va très bien sur les hanches mais la taille conviendrait plutôt à un gros tronc d'arbre bien droit plutôt qu'à ma silhouette de femme. 

Nous décidons d'aller à Bächli. Là aussi, les modèles sont 'regular, slim-fit'. Même chose qu'avant: bien sur les hanches mais des kilomètres trop larges à la taille. Je désespère. Je ne trouve rien qui conviendrait à ma morphologie. Pourquoi Fjällräven, Mammut et les autres marques ne font-elles que des pantalons zip-off pour femmes sans un gramme de graisse sur les hanches? Les rondeurs ne sont vraiment pas prises en considération. J'aimerais quand même souligner que je ne suis pas obèse - je mesure1m59 et pèse 63 kilos. Et je précise, pour plus de sûreté: je fais du fitness et mes biceps se sont bien développés ces derniers mois!

Je décide d'abandonner ma quête de pantalons zip-off. Je suis lasse de me retrouver toujours devant le même problème, et j'ai l'impression d'avoir un corps d'éléphant et d'être trop grosse. Pour rentrer, nous passons sous-gare puisque mon mari veut encore aller voir au magasin Yosemite. Ok, c'est sur notre chemin. Une fois entrés, un jeune vendeur nous accueille très gentiment. Je lui explique mon dilemme. Il me montre les pantalons zip-off de la marque Mammut, et je lui précise que ce sont justement ceux-là qui ne me conviennent pas. Il part pour se renseigner auprès de sa supérieure. Une vendeuse un peu plus âgée approche et je dois tout lui ré-expliquer. Oui, je cherche un pantalon zip-off en forme de carotte pour petite taille. Après m'avoir écouté, la vendeuse baisse la voix et me dit de manière très discrète:

"Comme vous avez un problème de hanches, je vous recommande de ne pas choisir les pantalons zip-off. Tous les modèles sont 'regular fit'."

Problème de hanches? Je n'ai pas de problème de hanches, de quoi parle-t-elle? Tout au contraire, mes hanches sont bien solides, larges et féminines. Lorsque je lui demande si un shorts serait mieux adapté pour moi, elle me répond que tous les shorts aussi sont 'regular fit'.

"Soit vous mettez une ceinture, soit vous faites les retouches vous-mêmes" me dit la vendeuse.

J'ai déjà essayé le truc avec la ceinture. Ca ramasse tout le tissu au dos et c'est très peu confortable lorsque je fais des balades sac à dos. Et les retouches, je les fais déjà sur mes jeans (même problème!), ce qui n'est pas une mince affaire. Non, ni les retouches, ni la ceinture sont de bonnes solutions pour moi.

Je remercie la vendeuse et sors du magasin bredouille, suivie de mon mari. Il me console un peu en me disant qu'au printemps, nous trouverons des pantalons de marche zip-off en forme de carotte. Je ne le crois pas. Pour la énième fois, je commence à me trouver remplie de défauts - je suis trop grosse, trop ronde, trop petite, pas assez athlétique, pas assez bien entraînée, mes hanches sont trop larges, mes fesses trop lourdes. Toujours trop ou pas assez.

Voici comment l'industrie textile détruit la confiance des femmes. On nous sert des vêtements basés sur un idéal de femme qui n'existe que rarement, ou alors sur un idéal de corps masculin, et tant pis pour les femmes avec une morphologie de femme plutôt ronde. Toutes les publicités le soulignent bien, d'ailleurs - nous voyons constamment toutes les top models dans les publicités et on nous laisse croire que nous pouvons devenir comme elles en achetant tel ou tel produit. On nous fout des complexes parce que nous ne correspondons pas à l'idéal du beach body et on nous refuse le droit d'avoir le corps qui nous a été donné, qu'il soit maigre ou rond. J'en ai tellement marre de continuellement être confrontée à cela, parce qu'à chaque fois, je dois me remonter le moral en me disant "Mais non, tu es très bien comme ça!". Parfois ça marche, parfois pas.

Le corps de la femme est devenue la propriété de tout le monde. Des corps de femmes parfaites et photoshoppées sont exhibés partout dans la publicité. Parce que pour faire rouler l'économie, de l'industrie de la mode, du sport et de la beauté, il faut des femmes éternellement insatisfaites qui consomment. Mais quel dommage pour l'industrie du sport - il y a un grand public de consommatrices potentielles (les femmes avec des 'problèmes de hanches'!)  et on les ignore totalement. Parce que c'est clair - si je trouve une marque qui me propose des pantalons hiking zip-off en forme de carotte, je les achèterai.

Problème de hanches? Non, mes hanches sont tout à fait bien, larges, solides, elles me servent pour marcher, et marcher vite si je le veux. Ce sont les modèles de pantalons qui sont inadéquats pour moi et qui ne me conviennent pas. Ce n'est pas mon corps qui devrait s'adapter aux vêtements mais les vêtements qui devraient s'adapter à mon corps. Quelles bêtises on nous fait croire, franchement!

Donc tant pis, je me passerai de pantalons zip-off cette année qui vient. Et qui sait - peut-être que l'année prochaine, je trouverai mon 'bonheur' en forme de carotte?









vendredi 9 septembre 2016

Nettoyons les chiottes!

Les offices de poste ferment. Les colis, il faut aller les chercher à la Poste parce que le facteur ne monte plus a l'étage pour les distribuer. La distribution du courrier ne se fera bientôt plus le samedi. Et tout cela parce que la Poste 'améliore' le service à la clientèle.

Nous utilisons le netbanking pour ne plus faire la queue à la banque. C'était pour être plus efficace et tout maîtriser nous-même. Aujourd'hui, chez certaines banques, le netbanking est payant. Sauf, bien sûr, si le client a une fortune d'au moins 50'0000 francs dans les coffres de la banque (ou plutôt en monnaie scripturale, la banque n'a rien du tout à part un chiffre dans l'ordinateur). Donc nous payons pour pouvoir utiliser le netbanking. Nous payons pour avoir une carte Maestro qui nous facilite les paiements au magasin. Nous payons des intérêts négatifs à la banque parce que le système est ainsi fait. Et tout cela parce que les banques 'améliorent' le service à la clientèle.

L'autre jour, j'ai reçu une Newsletter des CFF dans ma boîte de messagerie. Je ne l'avais jamais demandée mais comme j'achète mes billets de train sur le site web des CFF je dois avoir raté la petite case à décocher. Le titre du message était le suivant: "Aidez-nous à améliorer la propreté dans les trains des CFF!"

Eh bien oui. Nous avons des transports publics dont nous avons besoin tous les jours pour satisfaire les exigences de l'économie moderne. Nous payons chaque année de plus en plus cher pour un réseau qui s'agrandit et devient de plus en plus performant. Même que parfois il faut rester debout de Lausanne à Genève.

J'avoue, oui, je l'avoue. Le titre du message des CFF est innocent et plein de bonne volonté. 'Aidez-nous à garder les trains propres en mettant vos déchets dans les poubelles qui sont à votre disposition'. Ou peut-être 'N'appuyez pas vos bottes sales sur les sièges en face' ou encore 'Ne mangez pas dans le train les frites avec ketchup du MacDo sans avoir pris les serviettes gratuites à disposition au resto'. C'est gentil, ça. C'est d'être bien élevé de vouloir améliorer la propreté dans les trains. Qui dirait non? Si je le faisais, je passerais pour la pire cochonneries dégueulasse du moment. Et mal élevée en plus.

Donc oui je l'avoue. J'avoue qu'en voyant le titre du message des CFF, ma première pensée était toute autre. La Poste et les banques nous demandent bien de faire une grande partie de leur boulot nous-mêmes, donc pourquoi les CFF ne le feraient-ils pas, eux aussi?! Ma première pensée n'était pas innocente et bienveillante, non. Pas du tout.

Ma première pensée était (et j'en ai bien rit après-coup!): 'Oh non, ils ne vont quand même pas me demander d'aller nettoyer leurs chiottes gratuitement? !'

Qui sait, il y aura peut-être prochainement un cours à  l'Université Populaire sur 'Comment nettoyer efficacement et en moins de 3 minutes les toilettes d'un train' ? Coût du cours: fr. 350.-. Non? Ça ne vous tente pas? Moi, je meurs d'envie.

Lol.

mercredi 25 mai 2016

Je ne mérite rien, donc je vote OUI

'Tu dois le mériter, le succès, le salaire!' me dis-tu avec beaucoup d'emphase. Et je te demande ce que signifie 'mériter' pour toi. Ta réponse, c'est qu'il faut beaucoup travailler, il faut faire des efforts pour arriver au succès, qui est une suite logique d'un travail dur et persévérant. Si je travaille dur, je mérite mon salaire, je mérite le succès. Si je n'ai pas de succès et que je me retrouve sans le sou, je n'ai pas travaillé dur et par conséquent, je ne mérite rien du tout.

Je me sens jugée. Ce que tu me dis me plonge dans un désarroi complet. Donc tout ce que j'ai fait pendant plus de 20 ans n'était pas du travail? Je n'ai pas travaillé dur? Je ne mérite rien du tout? Parce qu'après plus de 20 ans d'efforts, je me retrouve toujours sans emploi, sans cadre professionnel, sans salaire. Mais j'ai peut-être glandé pendant tout ce temps? Oui, ça doit être cela. J'ai glandé. Je n'ai fait aucun effort. 

Suissesse de l'étranger, je me suis installée définitivement en Suisse en 1993. J'avais 30 ans. A l'époque, il y avait une crise économique sans précédent, avec environ 14% de chômage dans le canton. Je pensais naïvement qu'avec mon diplôme universitaire de l'Université de Helsinki, je serais à l'abri du chômage. J'avais été formée pour faire de la recherche à haut niveau, et pour mener une équipe. J'étais inscrite à l'UNIL pour commencer un doctorat, et voulais travailler à temps partiel à côté. Quelle illusion!

A l'Office du Travail, on m'a demandé ma formation. Ah, une formation étrangère, donc vous n'avez pas de formation valable en Suisse. J'ai découvert que mon Master n'était pas reconnu en Suisse. Les expériences professionnelles? A l'étranger uniquement et rien en Suisse? Donc aucune expérience professionnelle. Dans le système du chômage, j'étais donc une femme de 30 ans, sans formation ni expérience professionnelle valable. Oui, femme migrante, femme sans formation. Bien sûr, on connaît ça.

Plusieurs périodes de chômage se succèdent, pendant lesquelles je suis soit trop formée, soit pas assez. Je dois parfaire mon profil professionnel, me dit-on à l'Office du Travail et ensuite à l'ORP. Je fais des cours de recherhce d'emploi où on nous drille pour être 'les meilleurs'. Je m'inscris en droit à l'UNIL pour recommencer une formation, mais n'étant pas motivée, c'est un échec. Je fais un dîplôme d'Agente de voyage IATA-FUAAV en cours du soir pendant toute une année. J'essaie de démarrer mon doctorat mais suis discriminée parce que je suis une femme, donc indigne d'intérêt. Je fais une formation de secrétaire de direction pour avoir plus de chance de m'insérer sur le marché de l'emploi. Bien entendu, pendant tout ce temps, je cherche du travail, j'écris des offres spontanées (parfois une trentaine par mois), mais rien. Je me suis présentée dans plusieurs agences de placement. Les conseillers me riaient au nez et me disaient 'Que voulez-vous que je fasse de votre dossier? Nous avons des centaines de candidats comme vous et il n'y a pas de travail!'. Et je repartais bredouille, mon dossier dans les mains.

Je déniche moi-même un Programme d'occupation puisque ma conseillère ORP n'est pas très réveillée lorsque nous nous voyons. Je reste presque seule pendant 6 mois, devant un ordinateur dans une pièce sommairement aménagée en bureau. Bon, il y avait quand même les pauses-café lorsque je voyais les employées du service!

Bien sûr, pendant toute cette période, je n'ai pas fait d'efforts. Je n'ai pas travaillé. J'ai glandé, assise sur le sofa en train de bouffer de la pizza et de boire des bières. Je ne méritais donc rien.

C'est pendant cette période-là que j'ai connu la précarité. Ayant grandi dans une famille de classe moyenne-haute et n'ayant jamais manqué de rien, cela a été très pénible pour moi. Merci la Suisse! La gauche caviar du PS parle toujours de la précarité, des emplois précaires, mais ces gens n'ont aucune idée de ce que cela veut dire. La gauche caviar est complètement à côté de la plaque. Une chose c'est d'en parler, une autre c'est de la vivre.

Puis j'ai pu bosser un peu, avec des missions temporaires de 2-3 semaines. J'ai fait de la saisie à l'ordinateur, du classement, de l'archivage. J'ai travaillé presque deux ans comme secrétaire dans un job que j'adorais et où je me sentais comme un poisson dans l'eau. J'étais le coeur du secrétariat, et j'étais très appréciée. Je me suis fait licencier parce que la copine du directeur avait besoin d'un emploi pour obtenir un permis de séjour. Puis un autre patron m'a engagée au noir même que je lui avais expliqué que j'étais au chômage et que je cherchais un travail fixe et déclaré. Il m'a rendu ma carte AVS en disant que je devais payer mon AVS moi-même. Lorsque je lui ai dit que je ne travaillerais pas dans ces conditions-là, je me suis fait humilier comme jamais avant. J'ai été obligée d'écouter ses injures - il me devait trois jours de salaire et je ne voulais pas partir sans le fric. Il le savait bien, et il m'a bien enfoncée. J'étais la pire des employés, une fainéante, une ingrate, une salope.

Là non plus, je n'ai jamais fait d'efforts. Je n'ai pour ainsi dire pas travaillé, n'est-ce pas? Mon chef me faisait parfois travailler plus tard le soir ou même pendant le week-end, et j'étais toujours là à disposition. Mais ça, ce ne sont pas des efforts, bien entendu. C'est juste normal pour toi. Là encore, je ne méritais rien. D'être obligée d'accepter des injures d'un patron malhonnête, ça c'est juste normal. Je n'ai fait aucun effort, je n'ai pas travaillé dur, donc je ne mérite rien. C'est sûr.

J'ai été discriminée lors des entretiens d'embauche parce que j'étais une jeune femme mariée sans enfants. J'ai été humiliée par les conseillers des agences de placement qui me menaçaient de me dénoncer à l'ORP si je n'acceptais pas les jobs pourris qu'ils me proposaient. Je m'étais formée pour faire de la recherche et on me proposait des jobs de merde.

J'aurais pu avoir un boulot en tant qu'assistante à l'OSEO dans le cadre d'un programme culturel. Mais le jour avant la signature du contrat de travail, la direction a coupé dans les budgets et mon poste a été supprimé. Finalement, j'ai pu travailler dans 'mon' domaine, la pédagogie, pendant trois ans. C'était un emploi à durée déterminée. Nous étions une petite équipe qui changeait tout le temps, les secrétaires se succédaient, et finalement, c'était moi qui faisait une grande partie du travail. Eh bien oui, j'étais la plus ancienne. Je faisais le boulot de tout le monde, même celui du chef. Ben oui, sa femme avait accouché et était en pleine dépression post-natale, donc elle avait besoin de lui. Je pouvais très bien me débrouiller avec les urgences.

Là non plus, je n'ai pas bien travaillé. Même pas travaillé du tout! Je n'ai pas fait d'efforts, n'est-ce pas? Non, je ne mérite rien du tout, en effet. J'ai glandé tout le temps, étalée sur mon sofa en mangeant du chocolat et en buvant des bières.

Mais là, j'en ai eu marre. Je n'avais plus envie de devoir me soumettre aux ORP, aux agences de placement, aux patrons malhonnêtes, au rejet constant. J'ai fait un bilan professionnel et bien sûr, c'est le côté 'formation' qui est le plus ressorti. Ah, j'ai oublié de dire que tout au long de ces périodes de chômage et de travail temporaire, j'ai continué à me former. J'ai fait le programme CFC de tissage artisanal, je me suis formée en tant que monitrice en dentelle au fuseau. Je suis même partie en Angleterre pour faire un Certificat de Broderie d'Art. Et je me suis décidée de me lancer en tant qu'indépendante dans les arts textiles. La formation d'adultes est une passion pour moi. Donc j'ai appris le langage HTML et le CSS et j'ai crée mon site internet. J'ai trouvé des collaborations qui finalement sont tombées à l'eau à cause de jalousies féminines et de conflits stupides que je n'avais pas vu venir. Mon activité était très difficile au début. Me créer une clientèle n'a pas été facile, et même avec deux participations à Créativa ça ne décollait pas. Mes activités professionnelles ont constamment été dévalorisées et le sont encore. Les gens pensent que je m'occupe à cela le mercredi après-midi, ou que je travaille dans un atelier protégé. Mes tarifs? A l'époque, c'était 20 francs de l'heure. Personne n'est prêt à payer plus.

En 2008, c'est la grande crise des subprimes. Je fais encore un effort pour renforcer mon activité professionnelle qui commence sérieusement à ralentir. Je m'engage dans une formation professionnelle de brodeuse d'art à la Royal School of Needlework, pour améliorer mes chances de trouver des collaborations valables. En 2011, je suis l'une des brodeuses qui travaillent sur la robe de mariée de Mademoiselle Kate Middleton lorsqu'elle se marie avec le Prince William. En 2012, je ferme mon atelier pour avoir moins de charges fixes et pour être plus flexible dans mes mandats. Je vais enseigner à l'étranger, pour des salaires de misère, mais c'est comme ça. J'augmente mes prix, puisque je suis diplômée de la Royal School of Needlework et une véritable professionnelle. Mes recettes fondent comme neige au soleil. Certaines clientes rechignent même à me payer pour les services rendus. Et pourtant, le prix horaire que je demande est inférieur à n'importe quel tarif d'indépendant. Evidemment, vu que je travaille dans les loisirs et que selon certains, je 'm'amuse', mon activité professionnelle n'est que de la rigolade et je n'ai pas besoin de gagner ma vie. A bien des reprises, d'ailleurs, j'ai travaillé gratuitement dans des festivals ou des marchés 'pour me faire de la pub', comme le disaient si joliment les gentils organisateurs.

Mais bien sûr, pendant toutes ces années, j'ai glandé. Selon toi, je n'ai fait aucun effort. Si j'en avais fait, j'aurais ma récompense aujourd'hui - un bon salaire, du succès et de l'admiration. La possibilité de monter encore plus haut sur l'échelle professionnelle. Mais oui, c'est cela. Selon toi, je n'ai rien compris, je n'ai pas su comment faire, j'ai été paresseuse et je n'ai pas travaillé. Si j'avais été smart et que j'avais travaillé dur, j'aurais aujourd'hui un bon job avec un bon salaire. Pour toi, je n'ai apparemment jamais travaillé dur, puisque je me retrouve maintenant avec rien. La LPP, je peux oublier, et mon 3e pilier est minuscule. Mais bon, je n'ai pas fait d'efforts, c'est clair. Donc je ne mérite rien. Et toi, tu votes contre le RBI parce que le travail représente une valeur et qu'il faut mériter son salaire.

C'est bien cela, je ne mérite donc rien. Mais moi je vote OUI au RBI parce que c'est la seule option qui se présente à moi. Je le fais pas seulement en pensant à moi et à toutes ces années que je n'ai pas travaillé et pendant lesquelles je n'ai fait aucun effort, Je vote OUI en pensant à toutes les personnes qui, tout comme moi, ont glandé pendant une bonne partie de leur vie professionnelle, vu qu'ils et elles n'ont pas eu de succès dans leur vie et n'ont pas un gros salaire. Je vote OUI en pensant à celles et ceux qui n'ont pas voulu travailler, tout comme moi. Je vote OUI en pensant à celles et ceux qui n'ont jamais fait d'efforts pour trouver un emploi, tout comme moi. Je vote OUI en pensant à toutes les jeunes personnes qui vont sortir sur le marché de l'emploi et qui vont voir des robots prendre les emplois. Bon, ça, ça ne risque pas de m'arriver! Quoique.....

Je vote OUI au RBI justement pour que mes efforts et mon travail soient reconnus, ainsi que ceux des autres qui ont un parcours semé d'embuches, tout comme le mien.

Mais toi, j'imagine que tu mérites ton salaire? Toi, tu as bien travaillé? Tu as travaillé dur? C'est super. Félicitations. Ah, tu votes NON au RBI? Alors j'espère que tu ne le regretteras pas lorsqu'un robot te remplacera dans 10 ans. Et ne compte pas sur moi pour te consoler lorsque tu seras licencié après 25 ans de bons et loyaux services, juste pour que les actionnaires de l'entreprise puissent empocher de juteux dividendes. 

mercredi 11 mai 2016

Le RBI, initiative dangereuse?

Le RBI ou Revenu de Base Inconditionnel. Oui, nous allons voter sur cette initiative le 5 juin prochain. De très près, j'ai suivi les militant-e-s du RBI. J'ai lu les arguments pour et contre, j'ai pris part aux débats en live, j'ai regardé les vidéos diverses sur le net, j'ai entendu les commentaires rationnels et émotionnels, et finalement je me suis créé mon avis personnel sur cette question. Et je voterai oui au RBI le 5 juin. Pourquoi? Parce que je pense que le RBI représente une nouvelle vision du monde, une vision plus citoyenne. Non pas une utopie mais une meilleure solution pour le monde tel qu'il se présente aujourd'hui. Le RBI me redonne de l'espoir pour moi-même dans ma situation personnelle et professionnelle et pour tous les autres qui se battent tous les jours pour garder la tête hors de l'eau. Le RBI me redonne envie de rêver un autre futur. Le RBI me conforte dans l'idée que tout n'est pas noir, qu'il y a d'autres personnes là-bas dehors qui tout comme moi en ont marre de n'être que les pantins des politiciens, du monde économique et du 'marché' qui exige ceci ou cela. Le RBI me redonne l'espoir qu'un jour je serai un vrai acteur dans la société. Pour moi, le RBI serait une redistribution plus équitable des richesses dans le monde, richesses qui s'amassent actuellement dans les poches de quelques-uns seulement et qui laissent tous les autres en rade. 

Ce qui me surprend énormément, ce sont les arguments contre le RBI, surtout venant des gens de gauche. Nombreux sont ceux qui disent que cette initiative est dangereuse, autant à gauche qu'à droite d'ailleurs. Ceux de droite disent que l'initiative est une menace contre le monde économique, ce qui est peut-être vrai, puisque le travailleur ne sera plus un simple pion dans les mains des patrons. Ceux de gauche disent que l'initiative est dangereuse parce qu'au Conseil national, il y a une majorité de droite qui risque d'organiser un RBI au rabais si l'initiative passe. Une droite qui profitera pour démanteler le système des assurances sociales existant. Qui pauperisera le peuple suisse en entier en fixant un RBI très bas. Qui se permettra de continuer à se remplir les poches pendant que le peuple, les travailleurs, les chômeurs et tous les autres trinqueront encore plus. En voilà un argument intéressant venant d'une gauche caviar!

Pour moi, cet argument est un argument à moité pensé et qui, en plus, montre l'incapacité de réflexion de ceux qui le défendent. Oui, c'est vrai qu'il y a une majorité de droite au Parlement. Oui, c'est vrai que la droite pourrait essayer de faire passer un démantèlement des assurances sociales et réussirait peut-être à le faire, dans un premier temps. Mais en soutenant ce genre d'argument, les opposants au RBI de gauche ont passé à côté de deux choses importantes: premièrement, en Suisse, nous avons une démocratie semi-directe qui fonctionne très bien et dont tout le monde se vante. Deuxièmement,  tous les partisans et partisanes de l'UDC et des autres partis bourgeois ne sont pas des millionnaires. Ce sont des personnes comme vous et moi, des personnes déçues avec le PS ou le PLR. Des personnes xénophobes, des chômeurs, des jeunes sans espoir pour l'avenir, des traditionnalistes, des mères au foyer, des petits indépendants, des personnes qui détestent le changement et qui se réfugient dans les valeurs traditionnels représentées par l'UDC, notamment. 

Cependant, ces personnes désirent elles aussi pouvoir bénéficier d'une certaine sécurité pendant leur vie. Elles désirent aussi toucher leur rente à l'âge de 65 ans, elles soutiennent peut-être même une retraite anticipée. Elles veulent aussi pouvoir toucher le subside pour le logement, le subside pour l'assurance-maladie et l'aide sociale lorsqu'elles se trouvent dans une impasse temporaire ou à plus long terme. Les électrices et électeurs de droite ne sont donc pas majoritairement des personnes aisées qui se vautrent dans l'opulence et dans la richesse. Si vous le croyez, vous ne côtoyez que rarement celles et ceux qui sont communément nommé 'le peuple'.

Imaginez-vous maintenant que le Oui en faveur du RBI sortait des urnes le 5 juin. La droite (UDC, MCG, PLR et autres) se mettrait immédiatement à l'oeuvre pour démanteler les assurances sociales, notamment l'AVS, l'assurance-chômage, l'AI, et toutes les autres aides qui appartiennent au filet social, pour finalement les remplacer par un RBI misérable qui ne couvrirait à peine le coût mensuel de l'assurance-maladie. Que diraient tous les partisans et partisanes de l'UDC? Ils verraient leur AVS voler en éclat, toutes les aides et subsides fondre comme neige au soleil, toute leur sécurité et leur confort si précieux s'envoler comme par magie. En contre-partie, ils recevraient un RBI minable contre lequel ils avaient d'ailleurs voté. Pensez-vous vraiment qu'à ce moment-là, le peuple (dont fait partie les partisan-e-s de l'UDC) ne ferait rien? Que le peuple ne dirait rien? Que le peuple n'entreprendrait aucune mesure pour corriger les décisions de la majorité politique au Conseil national? Que les partis de gauche et du centre resteraient les bras ballants, sans rien faire? Si c'est le cas, vous vivez sur un nuage. Vous n'avez vraisemblablement jamais vécu les fins de mois difficiles, ni les moments pénibles, le désespoir et l'humiliation du chômage ou de l'assistance sociale. 

Mais amusons-nous avec cette idée - disons que cela se passait, que la droite au Parlement démantèle les assurances sociales. Que tout le monde, le peuple suisse en entier et en souffrance à cause d'un RBI misérable, restait inactif et sans protester contre la volonté de la majorité parlementaire. Que se passerait-il? Les 65+ sans 2e pilier, notamment beaucoup de femmes, se retrouveraient dans la pauvreté absolue. Ils-elles ne pourraient probablement plus payer l'assurance-maladie, ce qui entrainerait des faillites personnelles. Les 65+, les chômeurs, les familles avec enfants seraient peut-être expulsés de leurs logements loués, faute de pouvoir payer les loyers exorbitants que demandent les propriétaires. Les chômeurs seraient contraints d'accepter n'importe quoi comme emploi et les patrons en profiteraient bien sûr pour encore baisser les salaires, ce qui a son tour produirait encore plus de working poor. Les petits indépendant-e-s et les PME n'auraient que peu de clients et seraient obligés soit de licencier, soit de fermer boutique, produisant ainsi encore plus de chômage que le fera la robotisation. Le peuple suisse en entier ne pourrait donc plus consommer comme avant, n'ayant des ressources que très limitées à cause d'un RBI minuscule et misérable et plus aucune autre assurance sociale. Toute la société suisse s'effondrerait à coup sûr.

Pensez-vous vraiment que c'est une telle société que veut l'UDC, le PLR, le PDC et les autres partis bourgeois? Personnellement je ne le pense pas. La droite capitaliste a besoin de bons consommateurs, d'un peuple bien portant qui peut continuer à consommer. Si le peuple suisse ne consomme plus parce qu'il n'en a plus les moyens, ce sera la catastrophe pour la majeure partie des entreprises suisses, Que diront les actionnaires, les grands et petits patrons, les indépendants? Laisseront-ils la majorité de droite au Parlement démanteler le bien-être du peuple suisses sans broncher? Encore une fois, je ne le pense pas. La droite a besoin d'une économie forte, de consommateurs actifs et de fric qui circule, pas d'un peuple indigent.

Donc l'argument des opposants au RBI me paraît franchement incompréhensible. Non, à mes yeux, l'initiative n'est finalement pas si dangereuse que cela. La droite n'a aucun intérêt de démanteler un système social et de le remplacer par un RBI de misère. Non, la droite (surtout pas l'UDC) ne peut pas se permettre de mettre en place un nouveau système misérable remplaçant les assurances sociales, système qui serait en plus défavorable à leurs propres électeurs et électrices. Et comme le disent les opposants au RBI de gauche si justement: les supporters de l'UDC sont aujourd'hui majoritaires autant dans la société qu'au Parlement. Par contre, ce que je vois, c'est une gauche sans vision, une gauche caviar qui ne fait rêver plus personne et qui campe sur un système social considéré comme égalitaire et juste. Une gauche qui perd ses électrices et électeur et qui ne semble même plus croire à sa propre politique, notamment l'égalité des chances et une meilleure distribution des richesses, puisqu'elle encourage ses partisan-e-s de voter non au RBI.

Moi, j'ai besoin de pouvoir rêver d'un monde meilleur après la crise des années 90, après la crise des années 2000, après la crise de 2008. J'ai besoin d'avoir une vision d'avenir pour ne pas sombrer dans le désespoir. J'ai besoin de pouvoir m'accrocher à un mouvement citoyen qui me montre que moi aussi, je peux faire quelque chose, que je peux faire avancer notre société ensemble avec d'autres, que ma participation compte. Et je vois que je ne suis pas la seule à vouloir faire avancer les choses, et cela me remplit de joie! Mais vraiment, les opposants au RBI de gauche me déçoivent beaucoup. Premièrement, parce qu'ils ne proposent rien d'autre que le status quo, et deuxièmement parce que leurs arguments me paraissent irréfléchis, populistes et basés sur la peur. Et moi, j'en ai marre d'avoir peur et d'être sur la défensive tout le temps. Il est temps d'agir, pas de camper sur ses positions. Et même si le 5 juin c'est Non, je suis persuadée que nous arriverons d'une manière ou d'une autre à un RBI ou à quelque chose de semblable. Si ce n'est pas par choix, ce sera par nécessité. 

Pour moi, l'initiative sur le RBI n'est pas dangereuse, elle est une ouverture sur le futur et un souffle nouveau et bienvenu dans un monde où le citoyen est encore plus qu'avant oppressé et soumis au capitalisme, au pouvoir des banques et au monde économique. En plus, je suis persuadée que le mouvement citoyen est là pour rester, et le RBI en fait partie. Oui, il faudra bien un jour changer notre système actuel qui ne fonctionne pas aussi bien que certains le disent. C'est un système qui culpabilise les citoyens et citoyennes qui tombent entre les mailles du filet social et celui de l'emploi. C'est un système discriminatoire dirigé par une élite qui ne pense qu'à ses propores intérêts, à faire des profits et à se remplir les poches. Oui, il faudra bien un jour changer ce système. Parce que la société actuelle avec ses pansements que sont les assurances sociales et toutes les aides sociales n'est que cela - des pansements pour un monde qui écrase et exploite ses citoyens et citoyennes, un monde qui est profondément malade.

mercredi 4 février 2015

Féministe ou féminine?

Lorsque je me suis installée définitivement en Suisse en 1993, j'avais 30 ans. Je venais de la Finlande, un des pays les plus égalitaires au monde, et j'étais pleine de confiance en moi, de ma valeur en tant que femme et j'avais tout mon avenir devant moi.

J'ai tout de suite cherché dans le bottin une association féministe. Bizarre, pas une seule mention d'une association qui se bat pour les droits des femmes. Je cherche encore, sous 'Fédération', sous 'Groupement', sous 'Femmes', sous 'Féministe'. Rien. Pas une seule trace d'une association féministe. 

Je n'abandonne pas mes recherches et continue de temps en temps à feuilleter le bottin (il n'y avait pas internet à l'époque). Et soudain, un jour, je tombe sur 'La Maison de la Femme'. Aux Eglantines. Je cherche sur le plan de la ville de Lausanne et je trouve. Je trouve aussi les horaires d'ouverture. Chic, je vais pouvoir me retrouver avec des féministes, pour poursuivre mon combat en faveur de l'égalité entre femmes et hommes. 

Comme j'habitais à Ecublens, j'ai pris de métro et le bus pour me rendre à la Maison de la Femme. Petite maison carrée, avec un petit espace vert de côté. Ca m'avait l'air un peu cossu. Je pousse la porte - une porte imposante, lourde et bien ornée. Je monte quelques marches et me voici donc à la Maison de la Femme. Mais il n'y avait rien, à part une autre porte. Je ne me souviens plus très bien, mais je pense que les horaires étaient indiqués sur cette porte, et je me suis dit: 'bon, c'est ici, j'entre'. Ce que j'ai fait.

Je me suis retrouvée dans une entrée avec quelques meubles et plusieurs portes fermées. Personne. Je dis à haute voix 'Bonjour!' et j'attends. Une dame sort de ce que j'ai bien plus tard découvert être la cuisine. Elle était très bien habillée, en petit tailleur très élégant et moulant. Ses formes rondes et généreuses ne la flattaient pas, serrée comme elle l'était dans sa jupe. Ses cheveux étaient teints en blond couleur paille, et ses bijoux en or étaient des indicateurs très fiables quant à son statut social. C'était une dame de bonne famille, une dame chic de la bonne société. Une dame qui avait de l'argent. Pas comme moi. Je m'étais rendue à la Maison de la Femme en jeans et en t-shirt. Et moi, je n'avais pas d'argent, et j'étais au chômage.

Cette dame chic me regarde de haut en bas. Elle porte un vase rempli de roses magnifiques et le pose sur le petit meuble à l'entrée. Elle tâte ses cheveux et pose ses mains sur ses hanches, paumes contre le tissu, et pousse vers le bas. Pour repositionner sa jupe. Sans me regarder, elle me demande: 'Que puis-je faire pour vous?'. Avec son pouce et son index, elle pince une rose, la soulève, la remet. Elle répète ce geste nonchalant. J'attends qu'elle se tourne vers moi pour ouvrir le dialogue, mais la dame ne bouge pas. Elle est toujours tournée vers ses roses.

Je lui explique alors que je suis en Suisse depuis peu, que je viens de la Finlande et qu'en tant que féministe, je cherche une association féministe pour m'y engager activement. Je vois le coin de ses lèvres se soulever. Si j'avais pu la voir de face, j'aurais probablement vu un petit sourire narquois, pour ne pas dire méprisant. Mais je ne pouvais que deviner ses pensées. Ce petit geste sur ses lèvres l'a cependant trahie et je m'attendais déjà à sa réponse.

'Mais Madame,' me répond-elle d'un ton moqueur, 'ici en Suisse, il n'y a pas d'association féministes. Il n'y a que des associations féminines.' Et elle continue à arranger ses roses en faisant semblant de ne pas me voir.

Je n'ai pas compris son comportement. Pourquoi  ne me regardait-elle pas? Pourquoi se moquait-elle de moi, avec son petit sourire méchant? Il n'y a pas d'associations féministes en Suisse? Ah bon? Donc l'égalité parfaite entre femmes et hommes est déjà atteinte en Suisse? Je ne comprenais vraiment pas. C'est seulement plus tard que j'ai compris le mépris qu'a une grande partie de la population en Suisse pour les étrangers. Et moi, je suis une étrangère.

Je ne savais pas quoi dire ni que faire. Apparemment, la discussion était terminée et il ne me restait rien d'autre à faire que de partir. J'ai demandé à cette dame BCBG si elle connaissait des associations qui menaient une lutte pour l'égalité entre femmes et hommes sans pour autant être féministes, et elle m'a sèchement répondu 'non'. Alors il ne me restait aucun autre choix que de la remercier pour les renseignements et de partir. Et voilà. Il n'y a pas d'association féministes en Suisse. C'est simple.

Et soudain, j'ai eu honte. J'ai eu honte d'être Finlandaise, d'être étrangère. J'ai eu honte d'être pauvre et au chômage. Dans mon pays, j'aurais pu être à sa place, parce que je suis issue d'un milieu bourgeois, moi aussi. Mais en Suisse, je suis migrante, pauvre et une femme sans diplômes reconnus. Donc au chômage et sans grand espoir de trouver du boulot digne de ce nom, encore aujourd'hui. Oui, j'ai eu honte, parce que cette dame, si BCBG, m'a méprisé et l'a montré très clairement. J'ai eu honte parce que j'ai prononcé le mot 'féministe' et parce que j'ai tout de suite remarqué que ce mot est banni en Suisse. Ou l'était, en 1993 au moins. Donc je suis rentrée bredouille à Ecublens, et un peu plus dévalorisée que je ne l'étais déjà dans ma situation.

'Il n'y a pas d'associations féministes en Suisse.' Heureusement que cela a bien changé. Mais la Suisse a malheureusement pris beaucoup de retard dans son combat pour l'égalité entre les sexes, et sur tous les plans concrets (législation, crèches, congé-maternité etc.), la Suisse a au moins 40 ans de retard sur les pays nordiques. Quel dommage donc que des associations féministes n'existaient pas en 1993!

Alors pour tout vous dire, féministe ou féminine, j'en ai rien à battre. C'est pour l'égalité entre femmes et hommes que je me bats, c'est pour l'égalité entre les êtres humains que je me bats. Et en plus, je me bats maintenant pour l'égalité des chances, qu'on soit autochtone ou étranger. Je me bats pour la dignité humaine, aussi en Suisse. Appelez-moi ensuite comme vous le voulez!

lundi 2 février 2015

Des rigolos dans les EMS

Non mais attends..... je flippe complètement, là.

Ce matin dans le journal, je lis que des gérants d'EMS ont été jugés pour des salaires excessifs. Monsieur Caffaro était directeur d'EMS et Madame Caffaro était directrice d'EMS. Dans les mêmes institutions. Ensemble, ils gagnaient 560'000 fr. par an, selon les calculs du Canton. Très pratique. Très confortable.

Non mais attends..... si je comprends bien, les EMS privés sont reconnus d'utilité publique et sont ainsi subventionnés par l'Etat. Donc par les impôts de Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Les impôts que nous payons, toi et moi. Hein? Donc indirectement, je soutiens des salaires excessifs de gens qui s'en mettent plein les poches. Sur mon dos. L'article le dit bien : la loi a été changée et est entrée en vigueur le 1er janvier 2010 justement dans le but d'éviter 'que les deniers publics ne servent à graisser la patte de gérants peu scrupuleux'. Et en plus, Monsieur Caffaro se dit très surpris lorsque le Canton a évoqué le montant de leurs salaires. Je flippe, quoi.

Non mais attends...... on va où là? Et l'Etat fait quoi? Bon ok, je veux bien, il y a une nouvelle loi qui devrait empêcher ce genre d'agissement. Ce qui me paraît bizarre, c'est que la loi est entrée en vigueur début 2010, et les époux Caffaro ont été épinglés pour l'année 2010. Donc si je comprends bien encore, les contrôles de l'Etat ne sont pas très efficaces puisque certaines personnes peuvent continuer à enfreindre la loi de cette manière. Bon ok, finalement que si que c'est efficace, étant donné que le tribunal s'est saisi de l'affaire et que les deux directeurs ont été jugés pour salaires excessifs. 

Donc en fait, je peux maintenant dormir tranquille, sur mes deux oreilles? Je peux être rassurée qu'il n'y aura plus aucun abus de gros salaire sur mon dos. C'est juste: le salaire d'un directeur EMS ne peut excéder 164'127 francs. Une peccadille, donc. Quelque chose de tout à fait normal, quoi. Les directeurs d'EMS sont méritants, quoi. C'est l'élite, quoi. Être directeur d'un EMS de 67 lits est une charge très lourde avec beaucoup de responsabilités, quoi. 

Le métier d'infirmière pas du tout, par contre. C'est bien pour ça que les infirmières n'atteignent pas un tel salaire. Ni les aide-soignantes qui torchent le cul des patients quand ils ont caqués dans leurs langes. Parce que si elles ne le font pas, les patients risquent d'attraper une sacrée infection et de mourir. Ca, ce n'est pas de la responsabilité, c'est juste du nettoyage. Et je ne parlerais même pas des nettoyeurs qui travaillent dans les hôpitaux. Non, eux et elles nettoient les locaux pur éliminer les bactéries et tout genre de microbes, pour nous éviter des maladies mortelles. Mais ça, ce n'est pas de la responsabilité, c'est juste du nettoyage. Ces gens-là, souvent des étrangers sans formation (bon, disons sans formation reconnue en Suisse..... parce que parfois on retrouve des physiciens et des avocates dans le nettoyage, n'est-ce pas, mais ça les Suisses n'aiment pas qu'on le leur dise) ne sont pas des sauveurs comme les directeurs d'EMS, Ils ne font que sauver des centaines de vie tous les jours. Donc ils ne méritent pas un salaire annuel de 164'127 francs. Non, eux ne font pas partie de l'élite vaudoise qui se bouge dans les conseils de fondation et autres conseils administratifs des entreprises importantes. Non, l'élite vaudoise se tient les coudes pour garder les postes importants. On ne se mélange pas. Et d'ailleurs, un nettoyer, quelle responsabilité a-t-il? Aucune. Par contre, être responsable de 67 lits dans un EMS, cela mérite vraiment un gros salaire. Même très gros, apparemment.

En fait, je ne suis pas allée regarder les barèmes des salaires du Canton de Vaud. Peut-être que je me trompe? Peut-être que les infirmières et les nettoyeurs gagnent 164'127 francs par an? Bof, je pense que l'Etat a mandaté des entreprises de nettoyage de l'extérieur. Le 'out-sourcing', c'est tellement plus simple, n'est-ce pas. Et en plus, on aide les copains et les copines avec qui on a fait ses études. Eux qui ont créé des entreprises et qui ont besoin d'un petit coup de pouce pour maintenir leur statut social. Donc on ferme les yeux sur certaines choses, n'est-ce pas? 

Comme avec les EMS.

Mais non, je n'y comprends rien. J'ai tout faux. Bien sûr. Je peux dormir tranquille sur mes deux oreilles. quel soulagement!

jeudi 29 janvier 2015

Discrimination flagrante ou pas?

Le 9 février 2014, le peuple suisse a voté pour l'initiative sur l'immigration massive. La Suisse sera donc obligée d'adapter sa législation pour limiter le nombre d'étrangers venant en Suisse. Apparemment, l'économie est florissante, et les entreprises ont besoin de main-d'oeuvre. Donc, nous avons besoin de main-d'oeuvre non-qualifiée et les Suisses se tournent automatiquement vers les étrangers. Bien entendu, tous les étrangers sont des personnes non-qualifiées et non-diplômées.... sauf bien sûr si elles ont un diplôme suisse. Dans ce cas, il n'est pas possible de leur donner du travail, parce qu'elles ont le droit d'exiger le même salaire qu'un Suisse avec le même diplôme. Non, non, il faut des étrangers avec des diplômes étrangers pour pouvoir leur dire : 'Madame/ Monsieur, votre diplôme n'est pas valable en Suisse, mais je vous donne du travail dans le nettoyage, c'est suffisamment bien pour vous'.

Mais voilà que la Suisse n'aura plus (ou en tout cas moins) accès à ce genre d'étrangers, puisque le pays doit instaurer des limites à l'immigration. Oui mais, si les étrangers ne viennent plus, quelles seront les conséquences de cette baisse de main-d'oeuvre dans les milieux économiques ? Où les patrons d'entreprise trouveront-ils les personnes prêtes à exécuter des boulots ingrats et mal payés dont aucun Suisse ne veut? Eh bien, les patrons vont se tourner vers le potentiel de main-d'oeuvre indigène, Oui, selon un article dans le 24heures du 29 janvier 2015, les entrepreneurs vont s'adresser aux femmes, aux jeunes, aux personnes souffrant de handicap et aux séniors. Génial! Voici donc tout trouvé. Plus d'étrangers à exploiter? Alors rabattons-nous sur les femmes, les jeunes, les handicapés et les vieux! De toute manière, ces personnes sont des glandeurs et des incapables, ils ont tous des défauts impardonnables étant donné qu'ils ne sont pas des mâles virils dans la bonne tranche d'âge. Toutefois, on peut payer les femmes 20% de moins que les hommes, ce qui est tout de même intéressant.

En plus, cet article nous dit que 'Les femmes, les jeunes, les personnes souffrant de handicap et les séniors sont considérés comme largement sous-employés'. Mais vous vous rendez compte? Les milieux économiques avouent que ces quatre catégories de personnes sont sous-employées. Et pourtant, les statistiques montrent que ce sont justement les personnes de ces catégories qui ont le plus de mal à trouver un emploi. Les femmes sont discriminées à l'embauche parce qu'elles peuvent éventuellement enfanter et on ne veut pas de personnes 'instables' au sein de l'entreprise. Les jeunes n'ont pas d'expérience professionnelle et les patrons veulent des employés fonctionnels immédiatement. Les 50+ coûtent trop cher à l'entreprise à cause des assurances sociales, et les handicapés.... eh bien, il faut aménager la place de travail pour une personne en fauteuil roulant, ce qui coûte trop cher. Et surtout pas de dépressifs ou de handicapés mentaux, on ne peut pas compter sur eux et ils sont plutôt une charge qu'autre chose.

Vous vous rendez compte? Les milieux économiques avouent qu'ils n'engagent pas volontiers des personnes de ces quatre catégories mais ont plutôt recours à une main-d'oeuvre étrangère! C'est un aveu de discrimination flagrante, non? "Dans mon entreprise, je veux pas de nanas qui ont la migraine et qui tombent enceinte, ni de vieux ratatinés, ni de jeunes boutonneux. Et surtout pas de dingues ou de paralysés! Je veux juste des étrangers qui, eux, sont vraiment obligés de travailler et, on le sait bien, n'ont pas le choix". J'entends presque certains patrons dire ceci. Bien sûr, ils ne le diront pas devant les journalistes ni devant les mandants ou les représentants des institutions publiques. Non, c'est la double morale qui règne, et tout le monde fait semblant que cela n'existe pas. Tout le monde veut bien engager des jeunes, des nanas, des vieux et des malades. Mais pas juste maintenant, pas juste là. On compte sur les autres pour le faire, bien entendu.

Ce genre de mentalité me rend malade. Oui, franchement. Parce que moi je fais partie de deux catégories, celle des femmes et celle des séniors. Dans les années 90, la crise a frappé fort, et je n'ai jamais vraiment pu m'insérer sur le marché de l'emploi, étant une jeune femme mariée mais sans enfants et une migrante avec un diplôme étranger non-reconnu. Juste bonne à faire de la saisie, des nettoyages ou du secrétariat. Oui, de voir ces patrons qui s'en mettent plein les poches tout en  exploitant et en discriminant une bonne partie de la société dans laquelle ils vivent me dégoûte et j'ai envie de leur cracher dessus tout comme ils m'ont craché dessus lorsque je cherchais du travail.

La discrimination flagrante est rare. Elle est toujours très bien cachée et dissimulée sous un manteau d'hypocrisie et de double morale. Mais là, je dois dire qu'elle est très flagrante. Il suffit de faire deux plus deux, et la discrimination saute aux yeux. 

Le pire, pourtant, c'est que personne ne voit cette discrimination, bien qu'elle soit flagrante. Non, ce n'est pas vrai. Le pire, c'est que certaines personnes la voit mais elles ne disent rien et ne réagissent surtout pas, parce que cette situation leur convient que trop bien.

Et moi, sans pouvoir aucun, je ne peux que continuer à me trouver dans une catégorie de discriminés et de dire ceci : quelle triste société que celle-ci!